• Théo Peeters
  • Hilde De Clercq
  • Hilde De Clercq est linguiste et auteure de livres et d’articles sur l’autisme. Elle est mère d’un enfant avec autisme et anime des conférences et des formations en Europe et au-delà à propos de sujets divers, comme la communication, le mode de pensée des personnes avec autisme, le syndrome d’Asperger, la collaboration entre parents et professionnels, etc. Elle a succédé à Théo Peeters à la direction du centre de formation Opleidingscentrum Autisme à Anvers (Belgique).

    Elle est rédactrice à l’étranger de la revue Good Autism Practice, dirigé par Glenys Jones et Hugh Morgan en collaboration avec l’Université de Birmingham (UK). Ses mérites en matière de compréhension de l’autisme lui ont valu une affiliation au programme d’État TEACCH (Treatment and Education of Autistic and related Communication handicapped CHildren), qui fait partie de l’Université de Caroline du Nord, à Chapel Hill (USA).

    Dis maman, c'est un homme ou un animal?

    Dis maman, c’est un homme ou un animal?

    A propos de l’autisme

    Je ne comprenais pas la disparition soudaine de ma soeur pendant la journée. Kerstin avait toujours été là et maintenant elle n’y était plus. Parce que mes perceptions visuelles étaient très nettes et précises, j’associais toujours ce qui arrivait avec ce que je voyais. Pour moi, tout était lié à ce que je voyais et ma vue était mon sens le plus fiable. Ma vue, en elle-même était fiable. J’aimais tant comprendre et cela me menait vers des théories. Si tout dans le living avait un aspect particulier, si le soleil brillait par le vitrage, si le cendrier était posé sur la table et le journal juste à coté, et si Kerstin revenait, à ce moment de l’école… alors, je croyais que le lendemain tout devait retrouver, avec précision, l’aspect de la veille, pour qu’elle revienne de l’école. Cela devait simplement être ainsi et cela l’était souvent.

    Il arrivait fréquemment que mes théories soient détraquées juste au moment où je croyais en avoir compris le fonctionnement: quelqu’un déplaçait le journal. Je ne savais plus que croire. Kerstin ne reviendrait-elle plus à la maison? Jamais plus? Ou n’avais-je rien compris? Et dans ce cas, tout ce que je croyais savoir était-ce faux? Non, c’était plus simple, ma soeur ne pouvait rentrer à la maison que si tout avait retrouvé sa place exacte. Le journal devait être remis à sa place, c’était une nécessité. Si cela n’était pas ainsi, tout ce que je pensais et que je croyais savoir n’était plus valable. Ce raisonnement n’impliquait aucune pensée magique. Au contraire, c’était une notion très concrète. Ce que je voyais était ce qui se passait, ni plus, ni moins. Chaque fois que ma théorie était sabotée, parce que le résultat obtenu n’était pas celui que j’attendais, j’en élaborais une autre. Il devait y avoir, tout simplement, une façon de comprendre le monde! — Gunilla Gerland

    Lorsque, il y a quelques années, j’ai entendu Hilde De Clercq, au cours d’une conférence, parler de son fils Thomas et de sa « pensée en détail », j’ai su tout de suite que c’était nouveau, que c’était important. Je me rappelle avoir dit aux autres participants: « Ce point de vue est extrêmement intéressant, mais pour cela; il faut avoir une connaissance approfondie de l’autisme ».

    « Une connaissance approfondie? me répondit Hilde. C’est par la « pensée en détail » que je me suis toujours expliquée l’autisme de mon fils ». Dans ses notes, j’ai trouvé les anecdotes suivantes: Thomas salue de la main son grand-père seulement si celui-ci et assis dans une voiture verte, jamais s’il s’assied dans une voiture d’une autre couleur; la voiture verte doit tourner à gauche; si elle tourne à droite, Thomas ne salue pas.

    J’ai demandé à Hilde d’approfondir ce thème. Il a été présenté pour la première fois, à Skive (Danemark), lors d’un grand congrès international réunissant mille auditeurs. Je me rappelle encore vivement quelques réactions. Marie Bristol, ex-collaboratrice de TEACCH, et actuellement directrice de Autism Research (dit CPEA) à Washington, déclarait: « Je n’ai encore jamais entendu, comme dans l’exposé d’Hilde De Clercq, quelqu’un expliquer avec tant de cohérence le monde et la vie à partir du point de vue d’une personne atteinte d’autisme ».

    Jannick Beyer, directeur du Brondasgerskolen pour l’Autisme à Copenhague, a dit: « Depuis des années, nous parlons de l’utilité d’un soutien visuel pour des personnes autistes… Après cet exposé, nous comprenons enfin un peu mieux ce qu’elles voient vraiment. »

    Depuis lors, Hilde a donné d’autres conférences sur ce sujet. Parfois, les parents et les professionnels ne reconnaissent pas immédiatement la pensée hypersélective, mais ils y reviennent toujours: « …oui, tant de problèmes qu’auparavant nous ne pouvions situer sont, au fond, liés à la «pensée en détail ». Finalement, on ne trouve que ce que l’on cherche: les problèmes doivent d’abord avoir un nom.

    Dans ce petit livre, ils reçoivent un nom; ils deviennent donc très reconnaissables. Dans son cours sur la collaboration parents-professionnels, j’entends Hilde répéter souvent: « Ecoutez ce que les parents disent de leur enfant à la nouvelle baby-sitter. Généralement, ce sont des exemples d’hypersélectivité. »

    Gunilla Gerland, auteur de « Une personne authentique », atteinte elle-même d’autisme, reconnaissait cette pensée hypersélective et elle aussi encouragea Hilde à approfondir ce thème et à en faire un livre. Gerland apprécia surtout le respect de Hilde pour la façon de penser de Thomas. En effet, trop souvent, nous constatons que des professionnels essayent « d’éliminer » ce style spécifique de pensée, pour l’adapter à notre façon de fonctionner. C’est souvent le prix à payer pour cette grande idée de l’intégration.

    VA., une femme avec autisme, écrivait après avoir lu Dis maman, c’est un homme ou un animal?: « Parfois un détail qui semble insignifiant pour les personnes ‘normales’ est pour moi la clef d’accès pour situer et tester certaines choses et certains événements, qui me permettent d’atteindre une base de savoir, une hypothèse du contexte. Cette hypothèse du contexte peut me servir de point de départ, et me conduire au contenu authentique. Le détail est un premier point d’appui, un point de repère pour ma façon de penser, d’analyser et de déterminer. Si le détail a ou non un intérêt caractéristique, je ne peux en juger qu’après la compréhension, et pas inversement. Je reconnais ce que Hilde De Clercq écrit au sujet de Thomas. J’ai effectué les mêmes pas. Je pense ainsi, j’ai appris ainsi et encore toujours, dans chaque nouvelle situation, à chaque nouvelle donnée ou toute autre configuration, je parcours le même chemin et cela depuis le début. »

    « La communication avec Thomas », disait Hilde, « a fortement déterminé ma vie et mes idées. Il me soumettait des énigmes que nous éprouvions les pires difficultés à résoudre et qui nous absorbaient énormément de temps et d’énergie. Les expériences vécues avec lui sont centrales dans ce livre. En fait, on peut le considérer comme un hommage à Thomas, ce n’est pas mon livre, mais le sien, c’est le livre de Thomas ».

    Si dix personnes, dont les yeux sont bandés, tâtent pendant quelques instants, un éléphant et qu’elles doivent ensuite décrire cette expérience, chacune donnera la description d’une partie différente du corps de l’animal. Mais la personne qui dépeint la longue trompe ou les défenses en ivoire rend l’animal plus reconnaissable que celle qui s’est concentrée sur la patte gauche.

    L’autisme peut également être exploré mentalement de différentes façons. Celui qui essaie de comprendre l’autisme à partir de la pensée hypersélective possède une base solide pour la compréhension de ce syndrome et donc, aussi, pour l’accompagnement de personnes autistes. C’est pourquoi, Dis maman, c’est un homme ou un animal? est, sans exagération, un « must ». C’est en même temps un livre très instructif et amusant. Lisez-le.